Concours N’Gor Marlin Cup à Dakar au Sénégal

 

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Un tournoi avec une ambiance d’enfer et des poissons toujours au rendez vous, c’est la fameuse N’Gor Marlin Cup !

Barbara Kjessler-Prot

 

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Vue sur l’île de N’Gor depuis la Cabane du Pêcheur.

Je n’étais pas allée au Sénégal depuis des années et je n’y suis pas retournée cette fois pour pêcher, mais pour réaliser un reportage pour Voyages de Pêche ! Mes cannes et mes leurres ont fait la « gueule » en me voyant faire la valise mais, au dernier moment, j’ai pris quand même mon « gri-gri rose » et ma casquette à gri-gri pour leur faire prendre l’air. Faut bien être sympa !Cinq heures et demie de vol et nous arrivons à Dakar le 11 novembre avec une vingtaine de pêcheurs pour la plupart membres du Big Game Fishing Club de France. Des « anciens combattants » et de nouveaux arrivés qui boivent leurs paroles, ça commence bien…
Nous voilà dans le quartier de N’Gor, à la Cabane du Pêcheur, initialement centre de pêche d’Atlantic Evasion devenu au fil du temps un hôtel restaurant de treize chambres. Eric Dubouchet et son partenaire pour le tournoi Fabrice Leclair d’Abaka Pêche nous accueillent avec gentillesse, pas le moindre stress, c’est cool. Le bar est plein à craquer de pêcheurs qui parlent, de quoi, on se demande ? De pêche, évidemment ! Plusieurs couples de dakarois habitant pourtant non loin, sont venus loger à N’Gor. Ici c’est du sérieux, on reste sur place, avec les autres !Le lendemain, je découvre la Cabane du Pêcheur : les pieds dans l’eau, vue sur l’île de N’Gor et des bateaux ancrés juste devant. Je suis étonnée de voir autant de petits « open ». Depuis quelques années je suis plutôt habituée à la pêche aux Caraïbes et aux Etats-Unis sur des sportfisherman de 50 à 65 pieds, un autre monde, mais il n’y a pas plus de poissons pour autant, disons que c’est plus confortable pour « les anciennes ». Mais en fin de compte, ce sont les petits bateaux qui ont le mieux marché pendant ce tournoi ! C’est l’équipe, son savoir faire et la compétence du précieux skipper, qui compte. Sans eux, nous ne pêcherions pas grand-chose !« Captains briefing », Eric Dubouchet précise que le tournoi, avec 22 bateaux et 55 pêcheurs, commence demain à 9 heures pile… Avec un Bimini Start : tous les bateaux en ligne démarrent en même temps. Mais il faut bien le dire, l’heure « pile », ça ne veut rien dire en Afrique ! C’est un concours par équipe, deux à quatre pêcheurs par bateau, à la recherche de marlins bleus. Les thons big eye et yellow fins (appelés albacores) sont comptabilisés à partir de 15 kilos, les coryphènes et wahoos à partir de 7 kilos. Relâche obligatoire pour le sailfish (sauf record potentiel). Afin d’encourager la relâche des marlins, tout poisson de moins de 100 kg monté à bord est pénalisé par des points en moins. Avant tout, on vise le gros ! Il y en a par ici… Le record du Sénégal est de plus de mille livres pour des pêcheurs artisanaux et également mille livres pour des pêcheurs sportifs, mais non homologués car ils n’avaient pas de licences en règle ou s’étaient mis à plusieurs pour les sortir.

Les règlements IGFA et FSPS sont en vigueur : « Seuls sont autorisés à prendre le départ les bateaux équipés d’un appareil photo numérique qui authentifiera les relâches, en mode camera, film sur lequel devra apparaître le pêcheur, le poisson, et la prise en main du bas de ligne. Une vidéo d’un seul tenant avec affichage de la date et de l’heure ». L’équipe gagnante, en plus des prix, sera qualifiée pour l’IGFA Offshore World Championship.

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Michel Delaunay et une (petite) partie de ses leurres fétiches !

Albacores dans les dauphins

Premier jour, j’embarque sur « Petit Boy » que je connais depuis longtemps, surtout son skipper David Wade (ex. « Zig-Zag ») depuis au moins 25 ans. Odile Robelin et moi avons fait des pêches fabuleuses avec David, à l’époque nous ne cherchions que le voilier et, avec un peu de chance, espérions rencontrer un marlin affamé qui attaquerait le « yaboy ». De nos jours, c’est surtout le marlin bleu qu’on recherche à Dakar, avec bonites vivantes et gros leurres. Le propriétaire de « Petit Boy », Christian Rak, me présente sa femme Béatrice, Stéphane Millez, Olivier Pellat, sans oublier son marin Abaka que j’ai surnommé Monsieur Sourire. On traîne depuis une heure en écoutant les « news » sur la VHF. Eric décroche un marlin, pas sympa de la part de l’organisateur de commencer, je rigole, ça booste ! À 13h10 Antonio est en combat…
Nous tombons sur une chasse fabuleuse de bonites, les sabikis, les plumes et tout le matériel pour faire des vifs est sorti. Comme c’est dimanche, pas d’école, Killian, le fiston Rak, neuf ans, est en action pour pêcher les vifs. Il est prometteur le petit ! J’ai vu ici d’autres fils de « papa » un peu plus âgés qui assurent « grave ». Il faut dire qu’ils ont la chance de vivre sur place et de pêcher souvent…14h15, nous admirons les sauts des dauphins tout en gardant les yeux sur les leurres… Double hook up, deux moulinets démarrent en même temps ! Des rushes incroyables avec la plus belle musique du monde, les cliquets qui hurlent et les bobines qui se dévident. « Petit Boy » est en ébullition. Christian est en stand up sur 80 lb, et Béatrice, également en 80 lb, au siège. David gère d’en haut ce doublé de thons jaunes. Un petit problème surgit : les fils se croisent et le « stand-upper » doit passer devant et en dessous de la « siègeuse», mais le tuna tube (vivier pour garder les bonites vivantes) est collé devant le cale-pieds du siège, donc, pas évident de passer. Christian fait des allers et retours acrobatiques par le « chemin du tuna tube », avec un albacore pas du tout d’accord au bout de la ligne ! Un petit échauffement pour les marlins à venir ! Le tuna tube est viré pour la journée.

Les poissons à bord, Stéphane demande si nous avons des… « tampax » ! Désolée Stéphane, mais il faut que j’en parle : il bouche le trou fait par la gaffe avec un tampax, ainsi le sang ne s’écoule pas et le poisson garde son poids ! Je m’en souviendrai, et ne vous étonnez pas si maintenant vous voyez des boîtes de tampax traîner sur vos bateaux pendant les tournois ! Les albacores au portique accusent 86,600 et 72 kilos, pas mal !

Aucun marlin comptabilisé aujourd’hui. Pour l’anecdote, un marlin a été disqualifié car sur le film on ne voyait ni le pêcheur ni le poisson ! 


marlincup3Les bonites vivantes sont tangonnées, l’équipage attend la visite d’un marlin…


Des marlins partout

Deuxième jour sur « Théo » avec Andrée et Michel Delaunay, les « Bibiches ». En juin 2011, ils ont gagné la première place au Marlin Open de l’hôtel Terrou Bi et le prix de la relâche pour Dédée avec trois marlins relâchés. Tous deux sont d’excellents pêcheurs et détiennent plusieurs records IGFA. Pour une fois, je vois enfin « Monsieur » préparer ses leurres. Pas de bandix pour rigidifier la connexion des hameçons, mais une gaine thermoformée. Les hameçons ne bougent pas, le tout bien inséré et centré dans la tête du leurre. Nous sommes à la vieille école car les hameçons sont aiguisés à mort, ensuite une petite touche de marqueur waterproof sur les pointes pour retarder la rouille. Ses leurres Black Bart et d’autres faits sur mesure nagent à merveille. La canne fétiche des Bibiches a appartenu à Pierre Clostermann, une vraie « trique », mais elle se trouve à la place d’honneur !


Mer belle, température de l’eau 26°C, la radio annonce combats et décrochés. D’abord « Jessie Why », marlin relâché, ensuite « Mako Polo », un marlin relâché puis un deuxième et un troisième ! Pour clore la journée, Marc Werquin, sur « Sargal », embarque un marlin de 212 kg. Remise de prix, « Mako Polo » premier avec trois marlins relâchés. « Katapoutou », de Gaël et Benjamin Renault deuxième avec un marlin de 255 kg et « Jessie Why » troisième avec deux marlins relâchés.


marlincup4 Pêcheurs locaux en combat. Un marlin bleu a avalé le soun-soun (balaou) qu’ils traînaient.


Days off

Deux jours de repos, le vent s’est levé, la mer est formée. Quelques bateaux font un tournoi entre eux et misent 200 € par bateau. Manque de pot, les gagnants n’ont pas joué d’argent, donc pas de « jackpot » pour eux ! Pour une journée « off » c’est pas mal, huit marlins pris et trente sept touches pour une quinzaine de bateaux. Je pêche sur « Sargal » de Christian Galtier avec Marc Werquin. Tout d’abord en catalina car ils ont des bonites vivantes mais sans succès. Christian et Marc se rattraperont les jours suivants en arrivant troisièmes au classement final avec trois marlins relâchés et deux montés. Soirée et dîner inoubliables « chez Seck », sur l’île de N’Gor. Nous y allons tous en pirogue : mouillés à l’aller et trempés au retour !




marlincup5Quand les dauphins sont repérés, les chances sont grandes de trouver des thons jaunes dans le secteur.  


Grâce au gri-gri

Journée sur « Petit Boy ». A la demande de Béa, je lui ai prêté mon gri-gri rose. Elle joue le prix féminin, on se serre les coudes ! Et gri-gri rose marche ! Ou plutôt, les leurres de Stéphane font monter un marlin bleu ! Il détangonne, puis chipote sans se piquer, il n’a pas faim. Il faut dire que nous sommes quasiment en pleine lune et comme disent les aînés, les poissons mangent la nuit avec la pleine lune… Pourtant les bateaux « Blue Deep » et « Motoro » n’arrêtent pas d’être en combat et les relâches se suivent ! Des marlins, des sailfish, des wahoos… Un marlin est relâché par Benjamin (encore un jeune) sur « Katapoutou » et au moment de lever des cannes à 16h30 nous entendons à la VHF que Jean-Claude Vibert sur « Mistral » a pris un marlin. Les Delaunay ont cassé un marlin à cause d’un tangon mais ramènent un joli albacore. Le soir, remise des prix des skippers, soirée très sympa mais la tension monte ! Demain, c’est le dernier jour et il va falloir assurer !

 

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Marlin bleu avec sur ses flancs un passager clandestin : un rémora !


Le final

Avec « Petit Boy » nous partons « à perpète » pour trouver l’eau bleue. Des marlins, nous avons eu, et vus, 8 touches pour être précise, dont deux « graves », toutes décrochées ! Stéphane, Olivier et Christian ont commencé par préparer des petits thons, puis les ont remplacés par des leurres, et ont fini en montant une coryphène de 6 kilos en catalina ! Un énorme espoir arrive vers 15 heures, un beau marlin suit la coryphène, assez longtemps pour que plus personne ne respire. Le poisson finit par attaquer, Christian le laisse partir comme il faut et… Rien. Le marlin nous a laissé tomber. Et aucun autre ne voudra de ce super appât.

 


marlincup7Doublé de thons jaunes sur le bateau « Petit Boy ».

Aujourd’hui « Motoro », avec Jacques Boulay et Kana Ndiaye est premier, un marlin monté et un relâché. Deuxièmes : David Kay et Raymond Sara, deux marlins montés, et deuxième ex eaquo, « Sargal » de Christian Galtier et Marc Werquin avec deux marlins relâchés. La soirée finale de remise des prix est très animée et conviviale, avec des prix pour tous, des trophées, des leurres à foison, des chemises et même un moteur Yamaha, et des fleurs pour les dames et « les bredouilleurs ».

 

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Marlin bleu pour l’équipage du « Katapoutou ».

Classement final, premier prix pour Jacques Jaboulay et Kana Ndiaye sur « Motoro » avec cinq marlins. J’ai le plaisir de leur remettre le plateau d’argent du BGFCF pour le plus grand nombre de relâches. Deuxièmes : Sandra et Sylvain Llopes, sur « Mako Polo » avec trois marlins relâchés, deux albacores, un marlin remonté de 200 kg et une coryphène de 17 kg. Troisièmes : Christian Galtier et Marc Werquin, bateau « Sargal », un marlin relâché, deux remontés, un voilier, une coryphène et un albacore de 91 kg. Plus gros marlin du tournoi pour Gaël et Benjamin Renault sur « Katapoutou », un poisson de 255 kilos. Prix du fair play pour Noëlle et Paul Cheucle, bateau « Djigua ». Ce prix reconnaît leur totale honnêteté : Paul a mis un certain temps pour arriver à la canne, il y a eu intervention du skipper qui a touché la canne, et Paul l’a spontanément signalé dès leur retour.

marlincup9Gros yellowfin pour Marc Werquin et Barbara Kjessler-Prot  du Big Game Fishing Club de France.


En résumé : sur quatre jours 93 touches, 29 marlins bleus pris, 18 relâchés, 11 montés, 7 casses, 13 albacores, 10 coryphènes, 1 wahoo, et 3 voiliers relâchés. Que dire de plus, sinon qu’il est rare de voir une aussi bonne organisation, sans stress visible, un tournoi aussi convivial, facilement ouvert aux novices, et qui ne se déroule pas à l’autre bout du monde ! 

marlincup10Eric Dubouchet, le directeur d’Atlantic Evasion et organisateur du concours N’Gor Marlin Cup. 

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